Lyrical Fyah

Filed Under (Articles) by zalemmm on 07-10-2009

LutanFyahsumfest_2008 Je voulais vous présenter un autre blog que j’aime bien mais qui s’adresse cette fois à un public un minimum anglophone: il s’agit du « Achis’ Reggae Blog« .
Le gadjo qui fait ça nous écrit des chroniques très détaillées d’albums, sur un ton fort sympathique, et analyse avec beaucoup d’acuité tout ce qui se passe dans le reggae depuis quelques années.

Le souci, je vous le cache pas, c’est que pour le lire faut vraiment être motivé car il en met des tartines… et quand comme moi on est pas au top en anglais, ça peut être vraiment fastidieux.

Je partage en tout cas souvent son point de vue, surtout sur le phénomène Lutan Fyah qu’il nous aide à comprendre un peu mieux notamment dans cet excellent article faisant l’éloge des textes de cet artiste surprenant:
http://achisreggae.blogspot.com/2009/10/wordplay-world-class-lyrical-analysis.html

C’est très précieux ce genre de chose dans la mesure où il est très difficile, voire impossible de trouver la retranscription des textes des artistes reggae d’aujourd’hui, et ça manque terriblement à tous ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle pour cerner précisément ce qui se dit. Même si je perçois bien que quelqu’un comme Lutan Fyah a une plume particulièrement acérée, il n’est pas facile d’en saisir toutes les subtilités.

Notre ami Achis présente donc Lutan comme un artiste qui a su se mettre au niveau et même dépasser un Sizzla dans la puissance lyrique, sans disposer comme d’autres artistes, d’une originalité particulière dans le flow qui permette de le démarquer clairement des autres singjays.

C’est marrant mais effectivement, Lutan Fyah , je l’ai pas vu venir. Il n’avait pas comme I-Wayne ou Perfect un style immédiatement identifiable qui permette de focaliser l’attention sur lui . C’est à l’usure qu’il m’a convaincu, et qu’il en est arrivé à gagner l’estime que je lui porte aujourd’hui.

Je regrette juste que dans son article, Achis se concentre surtout sur les textes spirituels certes très beaux de Lutan, et pas plus sur l’aspect vindicatif et sociologique qui m’intéresse plus et qui monopolise il me semble une grosse partie du discours de Lutan: le côté ras le bol général de cette société à deux vitesses et de ce projet de « nouvel ordre mondial » qui écrase les gens de petite et moyenne condition. Il me semble que c’est un sentiment qui s’exprime de plus en plus dans le reggae depuis quelques années.
Je pense que Lutan est le principal porteur de cette colère populaire, après Anthony B qui a déjà fait de nombreux titres du genre « can’t take no more », en d’autres termes, « on en peut plus quoi les gars, merde à la fin… » ou autres diatribes sur les taxes qui enlèvent le peu qui reste aux gens: « they tax the air, they tax the street, you try to walk they tax your feet »… Je pense aussi dans le style à Bescenta qui chante sur le imoka riddim « It’s hard on the poor and they can’t take no more of that i am sure », « tired of the blah blah » ou encore à Ginjah qui s’énerve sur le ILove riddim: « YO SOCIETY SO MESSED UP! », « ARRH BABYLON WE DON’T WANT DIS NO MORE! » etc…
Et ils sont nombreux les artistes énervés témoignant de la lassitude violente d’un peuple qui n’entrevoit même plus l’espoir de se sortir d’une situation désastreuse entretenue par le pouvoir mondial depuis des décennies. Et j’insiste sur « Mondial » car les Rastas et les Jamaïcains en général, comme je pense tous les peuples sous la tutelle du FMI, ont le mérite d’avoir cerné depuis longtemps que c’est une élite mondiale qui organise le monde selon son bon vouloir et que les représentants nationaux n’en sont que les pantins.

En tout cas je suis content de trouver entre autre sur l’article d’Achis cet extrait de l’excellent tune « Phantom War », dont un des meilleurs albums de Lutan porte le nom, car même si le titre et le refrain sont déjà assez percutants pour comprendre de quoi il retourne dans ce morceau, c’est toujours bon d’en savoir plus… en voici un petit aperçu: qui d’autre arrive à tailler un costard au système avec aussi peu de mots et autant de précision, que ce soit dans le reggae, le rap ou ailleurs?

“How could you say we’ve got no reason to live
You give us no hope, no chance nor no privilege
That merry-go-round, you have us spinning like a gig
And who you no rob, you go kill

I hear sirens and I saw navy blue
Dem soldier come down inna camouflage and some big black boots
Rude boys rolled out inna them garrison troop
Who no get boxed, so them get bruised

Oh yes they’re fighting a phantom war
I see the city full of crime and violence
Them high society no care
Them cause us to fail
Biggup them borderline and city fence”

Et pour mieux illustrer ce « lyrical fyah », puisque les images aident à mieux comprendre le texte, je vous remet son clip « Nuh Talk » où il invective directement les politiques: « put your money where your mouth’s at, no promises no more false promises », « met les thunes là où sont tes belles paroles » je traduis pas bien mais je crois que c’est l’esprit.

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